"Chaque génération doit se créer sa propre scène"
Interview
N° 41, octobre 2009
par Julie Zaugg
La Suisse romande est en train de vivre - à son échelle - une petite révolution. L'apparition quasi simultanée de plusieurs groupes composés de tout jeunes musiciens (la plupart sont nés après 1985), adeptes de riffs élégants, de voix syncopées et, surtout, de mélodies imparables, est en train de donner des airs de Glasgow ou de Brooklyn à l'arc lémanique. Ils s'appellent The Mondrians, Josef Of The Fountain ou Coming Soon. Ils s'inspirent des Strokes ou des Libertines. Ils organisent leurs propres soirées, loin des institutions que sont devenues Le Romandie ou l'Usine, privilégiant les petites caves intimistes comme la Parenthèse à Nyon, le Bout du Monde à Vevey ou le Standard à Lausanne. Rencontre avec l'une
Photo: Nicolas Boche
des forces vives de ce renouveau lémanique, Josef Of The Fountain.Sonotone: Racontez-nous votre formation et vos débuts…
JOTF: Nous (Paddy le chanteur et Mike le guitariste) avons commencé par jouer dans un autre groupe, avec un troisième ami. Mais nous avons été stoppés net lorsque ce dernier a eu un accident qui l'a rendu paraplégique. Après cette période
difficile, nous avons reformé un groupe avec les membres actuels. Le premier concert a eu lieu en avril 2007, dans notre local de répète, devant 130 potes ivres morts. Nous avons ensuite enchaîné les concerts dans d'autres lieux, le plus souvent avec des amis musiciens, comme Coming Soon, les Mondrians ou Private Garden.
S: Peut-on parler d'une nouvelle scène rock romande?
JOTF: Oui, on sent qu'une nouvelle génération de groupes de rock est en train d'émerger et nous nous sommes naturellement insérés là-dedans. Cette scène n'est pas cantonnée à une ville - à Lausanne ou à Genève - mais s'étend tout le long de l'arc lémanique, voire jusqu'en France voisine (Annecy). Un élément important a été les soirées lausannoises Time For Heroes ou celles de Condor Records à Nyon (Soirées Bonzaï), où plusieurs groupes locaux avaient l'occasion de se produire sur scène. Les clubs de rock établis peuvent être un peu fermés. Les jeunes se sont donc organisés entre eux pour faire des concerts. Un réseau de groupes s'est créé, reliés par MySpace. Cette dimension virtuelle explique pourquoi la scène ne s'est pas fixée sur une seule ville. À chaque génération de se créer son truc.
S: Et vos premiers enregistrements?
JOTF: Nous avons fait une démo avec un groupe de punk appelé Myband. Ils nous ont laissé enregistrer chez eux en échange d'une centaine de bières! Cela nous a permis de décrocher des concerts au Fri-Son ou au Bikini Test, en première partie de groupes comme We Are Scientists ou Stuck In The Sound. Ensuite, il y a eu une sorte d'effet boule de neige. Nous avons enchaîné avec une mini-tournée en France puis, en automne 2008, nous avons pu enregistrer notre premier EP, qui est sorti en avril 2009.
S: Quelles réactions ce premier disque a-t-il suscité?
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