Sonotone

The Feelies

Crazy Rythms

A&M, 1980

Incontournables1/1

N° 42, novembre 2009

par Julie Zaugg

Sur la pochette (que Weezer référencera bien des années plus tard), ils ont des têtes de geek, davantage intéressés par les convention de bande dessinée que par les guitares et le rock'n'roll. Et pourtant, The Feelies est sans doute l'un des groupes les plus radicaux et brillants de sa génération. Hors de tout carcan, ignorant la scène post-punk qui se développait à la même époque à New-York, ces quatre gamins du New Jersey ont produit un disque aussi unique qu'essentiel au tournant des années 80. La froideur, détachée en apparence de toute émotion, a été puisée chez Joy Division (The Boy With The Perpetual Nervousness). Mais les rythmiques nerveuses qui portent l'ensemble ne leur appartiennent qu'à eux. Tout comme les couches de guitares patiemment empilées sous forme de boucles hypnotiques, qui préfigurent les expérimentations sonores de Quickspace ou – un peu plus tard – des formations de post-rock. Les Feelies bâtissent des petits monuments de pop fébrile, dont la façade lisse dissimule un impressionnant bric-à-brac musical. Les premières notes de certains titres sont si discrètes qu'on les remarque à peine. Puis, le morceau se met à enfler, se chargeant de riffs à deux cordes, avant de s'achever dans une explosion qui ne permet jamais vraiment à la tension de retomber (le merveilleux triptyque Loveless Love, Forces At Work et Original Love ou le frénétique Crazy Rythms). Le plus étonnant dans l'histoire de ce groupe inclassable, c'est qu'il est reparti aussi vite qu'il était venu. Après la sortie de Crazy Rythms, la formation a perdu deux de ses membres et n'a plus jamais retrouvé la fulgurance de ses débuts.

Ancien site sonotone.ch (2006–2011), restitué à partir des captures de la Wayback Machine. Les images n'ont pas été archivées.

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