Sonotone

Alain Bashung

Bleu Pétrole

Universal, 2008

Pop

N° 42, novembre 2009

par Gaspard Turin

D’un album avec un titre pareil, on attend qu’il ait à tout le moins de l’épaisseur, de la tension et un charisme à la Daniel Day-Lewis… Ce qui était le cas du dernier en date, L’Imprudence (2002), mais pas de Bleu Pétrole, petit album sympathique et décevant, très «nouvelle scène française». Alors c’était peut-être une erreur de croire que l’auteur de Chatterton, Fantaisie Militaire et tant d’albums de génie était à catégoriser un peu au-dessus de Renan Luce ou de Vincent Delerm; c’était lui accorder trop de superbe que de présumer qu’il ne chanterait pas des choses comme «On dirait que les pirates nous assiègent / Et que notre amour, c’est le trésor» (Sur un trapèze); c’était faire preuve d’idéalisme que de croire que Bashung incarnait Le Goût et n'allait donc pas faire preuve de bon goût. Une fois ces désillusions digérées, on peut effectivement apprécier Le secret des banquises et son instrumentation géniale avec des cloches; Hier à Sousse où l’on retrouve, curieusement sous la plume de Gaëtan Roussel (ex-Louise Attaque, comme quoi le rock celtique mène à tout), quelques calembours pince-sans-rire et absurdes («A nous Dehli»!); une Vénus à l’érotisme empoisonné. Mentionnons aussi Résidents de la République, un mouillage de chemise politique comme on n’en fait plus: «la République / Où le rose a des reflets bleus», quelle pertinence, quelle témérité. Ailleurs, avec Il voyage en solitaire, vieille chose de Gérard Manset, c’est l’indigence totale, une chanson indigne d’un mauvais Cabrel. Alors aimer cet album, pourquoi pas. Mais accepter que Raphaël aurait très bien pu le chanter.

Ancien site sonotone.ch (2006–2011), restitué à partir des captures de la Wayback Machine. Les images n'ont pas été archivées.

Chroniques A–Z