Arnaud Michniak
Poing perdu
Ici d'ailleurs, 2007
Rock
N° 42, novembre 2009
par Francis Kay
Poing perdu, peine perdue, pain perdu, trou perdu? Arnaud Michniak aurait-il renoncé à toute illusion en ce qui concerne l'intérêt de prendre la parole en ce monde agonisant? De l'"easy-poésie" du premier Diabologum au terrorisme langagier de Programme, le rictus de Michniak n'a cessé, avec un courage certain, de dévisager la réalité actuelle dans toute son horreur. Parallèlement, son propos se radicalisait, alors que l'accompagnement instrumental semblait toujours plus se réduire – sans pour autant perdre la force de frappe de ses déflagrations. Mais si ce nouvel album semble, effectivement, constituer un pas de plus vers le dénuement "hardcore", il ne faut pas oublier qu'un poing perdu peut autant faire de mal qu'un coup précis… Voire causer davantage de dégâts, en raison de l'élan involontaire qui lui est donné. En fait, ce premier album solo s'inscrit dans une période très active pour son auteur, qui vient de terminer un film ("APPEL ça comme tu voudras") dont Poing perdu constitue en partie la bande-son. Quant aux paroles, on peut toujours discuter leur qualité littéraire, mais elles en sont justement l'enjeu principal: comment parler, si les mots élaborent l'aliénation elle-même? Cette question, Michniak la pose à l'auditeur, recherchant moins à dénoncer qu'à susciter l'identification. Reste que des huit titres de Poing perdu, bien qu'ils forment une suite, Mille Voix me semble le plus convaincant, sa mélodie concassée déployant tout un arsenal de sonorités combatives.
Ancien site sonotone.ch (2006–2011), restitué à partir des captures de la Wayback Machine. Les images n'ont pas été archivées.