Sonotone

Aqualung

Memory Man

Columbia, 2007

Pop

N° 42, novembre 2009

par Gaspard Turin

On peut manier l’émotion avec assez de rugosité (The Dears) ou de décadence (Anthony And The Johnsons) pour que même un fils de routier élevé au bon grain de Korn puisse au passage y verser sa larme et y trouver son compte. On peut manier l’émotion avec calme et humour (Lambchop), avec calme et douleur (Bonnie ‘Prince’ Billy), avec douleur et humour (Badly Drawn Boy). Et qu’on la manie à la truelle de maçon (Keane) ou à la pelle à tarte en argent (Coldplay), il y aura toujours un public pour accepter une plâtrée supplémentaire d’émotion. Car l’émotion fait vendre, et ça, Matt Hales, alias Aqualung, l’a fort bien compris. On peut trouver cela plus ou moins gênant, toujours est-il que derrière une production électro-pop parfaitement aseptisée (un style qui, soit-dit en passant, commence à mal vieillir), les chansons de Memory Man sont aussi suspectes que superbes, à l’image de celles qui peuplaient ses précédents disques. Des chansons, comme Pressure Suit, Glimmer, The Lake ou Outside, dont on se dit bien qu’avec l’évidence de leurs mélodies, elles ont dû avoir été chantées de nombreuses fois auparavant. Mais on se laisse prendre ou bluffer, non par l’émotion bon marché (plutôt un obstacle à surmonter), mais par ce que Matt Hales cherche à cacher derrière ses artifices de verre et de plexiglas, à savoir tout bêtement: les qualités d'un songwriter d'exception.

Ancien site sonotone.ch (2006–2011), restitué à partir des captures de la Wayback Machine. Les images n'ont pas été archivées.

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