St Vincent
Strange Mercy
4AD, 2011
Pop
par Gaspard Turin
Parmi ces chanteuses à l’immense talent, appelées dès leur plus jeune âge à devenir des divas de l’indie, de Kate Bush à Tori Amos en passant par Feist ou Shannon Wright, on sait depuis deux albums qu’il faut compter avec Annie Clark, alias St. Vincent. Paradoxalement, le troisième va peut-être décevoir alors qu’il est précisément ce que dans notre jargon de spécialiste nous appelons l’album de la maturité (désolé). Pas parce que la jeune femme se serait assagie d’un passé tumultueux: dès Marry Me (2007), on pouvait constater à quel point cette musique, refusant de transiger entre la pop, le jazz, l’electro et le rock, était sophistiquée. Mais parce que, la sophistication elle-même se sophistiquant, Strange Mercy pourrait sembler manquer de tripes, trop se tenir sur la raideur de ses synthétiseurs, sur la froideur désincarnée de sa virtuosité. Toujours est-il que. Personnellement, j’aime assez qu’une femme sensuelle, qui chante dans mon salon mais sans être physiquement là, cesse à un moment d’avoir l’impudeur de me susurrer des trucs à l’oreille. Le côté froid, parfois cassant, de Strange Mercy est donc assez reposant, d’autant que l’on peut se mettre à apprécier les formidables titres que sont par exemple Cruel, Cheerleader, Surgeon ou Northern Lights (ce solo de guitare! Ce solo de synthé! Enfin madame!) avec une oreille reposée. Etrange clémence, en vérité.