Brett Anderson
Black Rainbows
Sub Pop, 2011
par Gaspard Turin
Il y a des voix qui semblent faites pour magnifier les clichés, comme de chanter la décadence, le crépuscule des idoles, les destins brisés. Celui de Suede aura eu assez de hauts et de bas pour que son ex-leader puisse prétendre savoir de quoi il parle. Mais ce qui est véritablement impressionnant, c’est que sa production retrouve une telle qualité, qu’on croyait définitivement diluée dans les caniveaux de la pluvieuse Albion. Une qualité dont étaient plutôt dépourvus les trois (!) albums solos d’Anderson, après la fin de carrière en eau de boudin de Suede et la parenthèse peu convaincante de The Tears (2005). On revient donc avec cet album à ce que l’homme fait le mieux: du glam rock, avec ses passages obligés (mèche sur l’œil dans l’ombre, c’est fait, fleurs mourantes sur couverture, c’est fait, sans oublier les métaphores à deux balles: «give me you brittle heart and your orphan’s eyes / I’ll give you carpet burns and antiseptic skies»). Et malgré un milieu d’album plutôt discret, Black Rainbows renferme quelques excellents titres en ses début et fin, comme la glorieuse Unsung, Crash About To Happen ou Thin Men Dancing (les chansons les plus réussies étant également les plus rock). Le single Brittle Heart contient certaines des inflexions les plus sincères qu’Anderson ait jamais enregistrées, et on parle ici d’une des plus belles voix que le Royaume Uni ait enfanté depuis vingt ans. Pas un chef d’œuvre absolu, mais un disque à la fois épique et intègre: deux qualités qu’on ne retrouve pas souvent réunies dans le glam rock.